L'histoire de la coutellerie Corse

 

 

Il y a en Corse une véritable culture du couteau qui remonte à très loin : dès l'Antiquité.


Les Romains ont mis au point le premier couteau pliant. La Corse devenant romaine au IIe siècle de notre ère, il est fort à parier qu'elle ne tarda pas à avoir "son couteau régional" ! La Corse a toujours été une société agropastorale. Au fil des siècles, les Insulaires ont appris à travailler le minerai local aussi bien pour disposer des outils indispensables à la vie quotidienne que pour s'armer contre leurs nombreux envahisseurs. Chacun possédait son propre couteau, au mieux élaboré par un forgeron, un de ces "maestri di u focu", très estimés dans les villages, mais plus souvent fabriqué par le berger lui même avec les moyens du bord (restes d'outil, cornes de chèvre ou de bélier, chutes de bois).

 

couteau berger corse

Les couteaux de bergers Corses

Les formes de ces couteaux, dits "couteaux de berger", variaient quelque peu selon l'usage, la région ou d'après des modèles inédits, introduits par des marins ou des ouvriers étrangers ou bien encore saisis sur des ennemis. Le couteau n'était pas un objet anodin ; On l'offrait au jeune garçon, comme rite initiatique, marquant son aptitude aux travaux agricoles et changeant ainsi son statut dans la famille. Un couteau pouvait ainsi se transmettre comme un élément du patrimoine familial. 


Le Stylet Corse


Le peuple corse, en révolte constante contre ses successives autorités de tutelle, s'ingéniait à trouver des biais aux interdictions de port ou de transport des armes.

Stylet corse

Ainsi, au départ, simple alène servant à percer le cuir, devenue arme de substitution lors des interdictions, le stylet apparaît au 16e siècle. C'est une sorte de dague à un ou deux tranchants copié sur un couteau-poignard génois. La coutellerie corse s'approprie cette arme et l’officialise, lors des guerres contre Gênes puis contre la France au 18e siècle.


Arme de militaire, dague pour la chasse, acteur de querelles entre voyous ou de dettes d'honneur, aussi bien qu'objet précieux, arboré fièrement à la ceinture par les femmes comme par les hommes dans ses versions les plus raffinées, le stylet se généralise et gagne en beauté au cours du 19e siècle.

C'est bien connu, les Corses ont toujours fait grand cas des questions d'honneur. Nombreuses sont les légendes mettant en scène de sanglantes vengeances familiales et de funestes épopées de bandits. C'est en partie dans ces conflits que le couteau Vendetta trouve son origine. En effet, au 19e siècle se développe un engouement touristique pour "l'Ile de Beauté".

 

Légende de la Vendetta Corse

Un couteau, à la forme effilée, très prisé des Corses pour sa robustesse et son élégance, appelé "Temperinu", fut tout désigné pour symboliser "le couteau corse" auprès des premiers touristes émoustillés par les romans de Mérimée, Dumas ou Maupassant, et qui tenaient à rapporter de leur séjour un objet marquant.

Vendetta Corse


Deux commerçants ajacciens mirent sur le marché ce couteau, baptisé pour l'occasion "Vendetta Corsa" en lui ajoutant des ornements qui se voulaient caractéristiques : un manche fleuri et des devises vengeresses, écrites en italien, sur la lame. Ce couteau "folklorique", produit et diffusé à grande échelle, en différentes tailles, du porte-clés à l'élément de décoration de 40 cm, eut un long et beau succès mais il n'était guère apprécié par les couteliers corses.


Dans les années 1990, la Vendetta fera l'objet d'une réhabilitation par quelques couteliers insulaires, dont les frères Zuria de Bonifacio, qui s'attacheront à redonner ses lettres de noblesse à ce très beau couteau, aux lignes pures et à l'ergonomie si caractéristique. La tradition coutelière perdure en Corse et de nombreux modèles continuent à être créés, alliant tradition et modernité.